Le vrai roman d'Alexandre

09/10/2019

Mon avis

Alexandre jardin
Alexandre jardin

Avouer ses mensonges, ôter le masque du personnage sympathique, médiatisé par le succès, prisonnier de son image de joyeux romantique, inspiré par ses nombreux personnages farfelus, l'auteur du Zèbre, de Fanfan ou encore des Coloriés tant aimés, nous livre sans ambages, en cette rentrée littéraire 2019, une confession de plus de trois cents pages, à la fois touchantes et troublantes. Un courage et aussi un risque personnel, annoncé par l'écrivain lui même, qui m'a conduit, autant que l'intrigue, à lire son "vrai roman", roman qui en final n'en est pas un. Je le qualifierai plutôt d'essai psychologique sur son besoin vital de s'aimer, soi, au lieu de se faire aimer pour ce qu'il n'était pas.  Et ça interroge forcément ses nombreux fans, dont je suis. 

Alexandre Jardin avait entamé en 2011 sa crise d'authenticité avec Des Gens Très Bien, révélant son malaise d'être, au sein de la famille Jardin, le petit fils d'un collaborateur nazi de Vichy.  Avec ce nouvel essai intimiste, écrit à l'encre d'une vérité implacable, l'un de mes auteurs contemporains préférés ose sans aucune retenue des aveux que je ne soupçonnais pas. J'imagine son travail personnel, ses hésitations, sa souffrance. Je ressens souvent l'écriture comme un cachot dont seuls les mots justes peuvent ouvrir la porte verrouillée de l'intérieur. Le Roman Vrai d'Alexandre lui ouvrira sans aucun doute celle d'une littérature future plus proche de sa réalité que de ses histoires loufoques. 

 Comme rarement au cours d'une lecture, de nombreuses interrogations vinrent à mon esprit. Celles que je me pose depuis l'adolescence: qui étais-je et qui suis-je devenu ? L'enfant de coeur, sage comme l'image qu'avaient de moi mes parents?  Le dessinateur industriel que mon prof percevait sans créativité? Le prince charmant de la mère de mes enfants, aujourd'hui et à jamais endormie? Le breton du pacifique déraciné ayant pour patrie la francophonie ? Le collaborateur aspatial, l'ami, l'amant, errant au rythme des saisons ? Tant de non-dits qui coulent dans mes veines, de secrets de famille enterrés ou brulés avec mes morts et pour l'éternité. Savons-nous ce que furent vraiment nos aïeux? Avons-nous hérité de leur animalité ou de leur humanité? De leur méchanceté ou de leur bonté? Je n'ai jamais cru les contes de faits non avérés, la légende d'une famille immaculée. Tant de mystères dans la sève de mon arbre généalogique. Et puis la "société", le "système", bref cet invisible tout puissant ne nous oblige-t-il pas à être ou à devenir ce qui ne nous ressemble pas? Cruel miroir, dis-moi que je ne suis pas exactement celui que tu vois!  

Heureusement un jour, avec le temps, que ça plaise ou non, on ne joue plus à faire semblant, conscient que le talent d'un grand comédien est d'être vrai.  

Un livre à dévorer bien emmitouflé dans nos propres doutes et nos incertitudes d'avoir toujours de l'avoir été, vrai. 

 Loïc Levéder 


« Ce livre est l'histoire de mes mensonges.
Sans doute est-ce le plus risqué que j'écrirai jamais.
Il m'est vital.
Jusqu'où suis-je allé dans l'aveu ?
Je n'ai pris aucun ménagement.
Un jour, il faut bien déchirer le voile,
rompre avec le comédien
et coïncider avec soi. »

                                                                                                    Alexandre Jardin


Bibliographie ( source Wikipedia )

- Alexandre Jardin est le fils de Stéphane (mère de trois enfants, dont un avec un autre homme que son mari) et Pascal Jardin (1934-1980), écrivain et scénariste, dit le Zubial ; lui-même fils de Jean Jardin (1904-1976), dit le Nain Jaune, homme politique, directeur de cabinet de Pierre Laval sous le régime de Vichy. Il a deux frères, dont le réalisateur Frédéric Jardin et une demi-sœur. Il est le cousin de Stéphane Delajoux. Il est père de cinq enfants, issus de deux mariages.

- Il écrit à 20 ans Bille en tête (1985, son premier roman, prix du 1er roman en 1986). Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (section Économie et finances, promotion 1986)6, chroniqueur au Figaro, il réalise aussi plusieurs films dont Fanfan ou Oui.

- En 1988, il reçoit le prix Fémina pour son livre Le Zèbre, ouvrage qui est adapté au cinéma par Jean Poiret, en 1992.

- Il a été chroniqueur littéraire pour Canal+ dans l'émission Nulle part ailleurs (avec Philippe Gildas et Antoine de Caunes).

- En tant qu'écrivain, ses principaux thèmes sont l'amour à la Feydeau et la pédagogie. Il aborde la peur de la monotonie et le regain de la première flamme amoureuse. Des enfants émerveillés sont souvent mis en scène.

- En 2004, il écrit une série d'ouvrages destinés aux adolescents, Les Coloriés. En mai 2004, Philippe Muray lui consacre dans Exorcismes Spirituels - Moderne contre moderne, un article intitulé « Effroyable jardin ».

- Le 1er avril 2008, il publie Chaque femme est un roman, une série de portraits de femmes.

- En 2011, il participe au festival littéraire Metropolis bleu. Cette même année paraît Des gens très bien, dans lequel Alexandre Jardin questionne le passé vichyste de son grand-père et le déni familial le concernant. Il s'interroge notamment sur son rôle lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver en juillet 1942. La nécessité pour lui de faire la lumière sur ce « secret de famille » et d'« ôter le masque » a provoqué des remous dans son entourage familial mais il affirme être sorti profondément régénéré de ce processus psychologique de mise à nu qu'il confirme dans Joyeux Noël, ouvrage inspiré de ses rencontres avec les lecteurs qui se sont confiés à lui après son précédent opus.

- En 1999, il est à l'origine de la création de l'association Lire et faire lire avec le journaliste Pascal Guénée.

- En 2002, il poursuit son engagement associatif avec la création de l'association Mille mots pour laquelle des bénévoles retraités interviennent en prison. Il est également parrain de l'association Unis-Cité qui propose un service civil volontaire aux jeunes âgés entre 18 et 25 ans. Il publie 1+1+1 qui est un mode d'emploi pour faire de la politique autrement.

- En 2007, à l'approche de l'élection présidentielle, il crée le site Comment on fait, pour faire appel au bon sens des Français afin de résoudre leurs problèmes. L'idée est de communiquer les meilleures propositions au vainqueur de la présidentielle. Il indique avoir voté pour Nicolas Sarkozy, choix dont il se dit « consterné » en 2016.

- En 2012, lors de la présidentielle, il reproche à François Hollande une vision quantitative de la politique d'éducation, et un manque de vision qualitative. Il indique avoir voté blanc.

Son appel « Aux actes, citoyens ! » est signé par l'Association des maires de France (AMF), l'Association des maires de grandes villes de France (AMGVF), la Fédération des villes moyennes (FVM) ainsi que l'Association des maires ruraux de France (AMRF) lors d'un colloque organisé le 28 mai 2014 au Conseil économique, social et environnemental (CESE)11.

- En 2015, il fonde l'association Bleu Blanc Zèbre (BBZ) qui est à l'origine du mouvement citoyen collaboratif du même nom. Ce mouvement « vise à fédérer et unir la société civile dans l'action concrète au bénéfice de la population. Chaque Zèbre est une part de la solution et chacun prend sa part dans le succès de cette aventure collective . Il lance une pétition nationale, le manifeste des « Faizeux », et, le16 avril 2015, il publie Laissez-nous faire ! On a déjà commencé.

- En juillet 2016, il participe au meeting d'Emmanuel Macron à La Mutualité : il précise que ce n'était « pas pour le soutenir » et se dit plus tard déçu par ses opérations de communication. Cet épisode, qui devait initialement acter son ralliement, le place dès lors en disgrâce dans le cercle du candidat En Marche !, qu'il avait plusieurs fois rencontré à Bercy auparavant.

Alexandre Jardin dit vouloir tirer ses compatriotes vers le haut et espère dissoudre le mouvement en 2017, après avoir gagné son combat, et alors « retourner à la littérature ». Selon, lui son combat sera gagné lorsque les politiques (les « diseux ») confieront à la société civile (les « faizeux ») des « contrats de mission de service public ». Il souhaite fédérer les citoyens dans un mouvement appelé la Maison des citoyens. Le 3 décembre 2016, il déclare sur France Info qu'il est candidat à l'élection présidentielle française de 2017 mais ne réunit finalement que 165 parrainages sur les 500 requis.


L'oeuvre

Romans

  • Bille en tête, 1986 Prix du premier roman
  • Le Zèbre, 1988 Prix Femina
  • Fanfan, 1990
  • Le Petit Sauvage, 1992
  • L'Île des gauchers, 1995
  • Cybermaman ou le Voyage extraordinaire au centre d'un ordinateur, 1996
  • Le Zubial, 1997
  • Autobiographie d'un amour, 1999
  • Mademoiselle Liberté, 2002
  • Les Coloriés, 2004
  • La Révolte des Coloriés
  • Le Secret des Coloriés
  • Le Roman des Jardin, 2005
  • Les Méganazes - Dur dur de sortir avec Lola !, 2005 - Coécrit avec Bruno Salomone.
  • Les Méganazes - Pas de pot pour le chouchou, 2005 - Coécrit avec Bruno Salomone.
  • Les Méganazes - Trop dingue de la maîtresse, 2005 - Coécrit avec Bruno Salomone.
  • Chaque femme est un roman, 2008
  • Quinze ans après, 2009
  • Des gens très bien, 2011
  • Joyeux Noël !, 2012
  • Mes trois zèbres, 2013
  • Juste une fois, 2014
  • Les Nouveaux Amants, Bernard Grasset, 2016
  • Ma mère avait raison, Bernard Grasset, 2017

Essais

  • Lire pour vivre, 2000
  • 1+1+1... = une révolution, 2002
  • Laissez-nous faire ! On a déjà commencé, le manifeste des « faizeux », Éditions Robert Laffont, 2015
  • Le vrai roman d'alexandre, 2019. Les Editions de l'Observatoire

films

  • 1989 : Bille en tête de Carlo Cotti
  • 1991 : Gawin d'Arnaud Sélignac (coscénariste)
  • 1992 : Le Zèbre, adapté au cinéma par Jean Poiret, avec Thierry Lhermitte dans le rôle principal

Réalisateur

  • 1993 : Fanfan
  • 1996 : Oui
  • 2000 : Le Prof