la tête en l'air, les pieds sur terre, bienvenue dans l'univers de loïc leveder



Loïc Leveder
Loïc Leveder
Depuis l'an 2000, j'anime avec plaisir et conviction ce site personnel, histoire de partager avec mes proches éloignés mes coups de coeur et autres émotions. Soyez donc les bienvenus dans mon univers.

La tête en l'air, haut comme trois mangues, j'ai contemplé très jeune la grande ours et le petit chariot. Mon père me les traçait, du bout de son index, comme le fit sans doute, pour lui, mon grand père, marin breton, dont les étoiles n'avaient pas de secret pour lui. L'horizon festoyait alors, avalant le grand astre flamboyant, faisant de nos jours et de nos nuits ce que j'appelle aujourd'hui ma tendre enfance. Dans ce décor digne des plus grands opéras, je compris très vite que le Monde n'était qu'un petit village africain et que je pouvais très facilement m'égarer. Je ne savais pas encore qu'une belle fille du nord m'éviterait à jamais de le perdre.

Les pieds sur terre, de retour dans l'hexagone, j'ai toujours tenté d'oublier la grande voûte étoilée, ces rythmes africains, ces étals des marchés aux mille saveurs, ces peaux multicolores de mon adolescence, sur les bords de la Mer Rouge. Dessinateur de pièces éléctro-mécaniques, télétexiste sous les drapeaux de la république, je me suis finalement engagé dans la voie non pas lactée mais toute tracée d'un "bon père" de famille, avec son lot d'exigences, d'expériences, de challenges. Fort de mes succès professionnels, de mes échecs aussi, j'ai alors cultivé mon jardin royal, celui d'un grand Amour et de ses deux fruits si savoureux. J'aurais voulu, comme tout bon jardinier, m'y enraciner, arrosant jusqu'à la fin de mes jours ce que j'y avais semé. C'était oublier l'éphémérité de la vie.

Aujourd'hui, la tête en l'air, les pieds sur terre, guidé par une seule et belle étoile, je trace mon chemin pour apprendre simplement à dessiner ... un mouton. Mon petit fils risque bien, un jour où l'autre, de me le demander ...

" J'ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu'à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s'était cassé dans mon moteur. Et comme je n'avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour huit jours.

Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J'étais bien plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de l'océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé. Elle disait:

- S'il vous plaît... dessine-moi un mouton !

J'ai sauté sur mes pieds comme si j'avais été frappé par la foudre. J'ai bien frotté mes yeux. J'ai bien regardé. Et j'ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j'ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n'est pas ma faute. J'avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l'âge de six ans, et je n'avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts."
- Saint Exupéry - Le Petit Prince

Vendredi 1 Mai 2009
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