En Marche, bien avant l'heure

14/08/2017

Dépourvu d'idéologies sectaires qui, par définition marxiste, divise la société en classes; sans certitude non plus qu'un programme partisan puisse rassembler au dessus des partis, force est de constater que j'étais dans mon esprit " En Marche " bien avant l'heure. En ce début de quinquénat Macron, dont l'élection dépoussière l'Histoire et rafraichit ma mémoire, il me reste à savoir lesquelles de mes convictions ou de mes illusions l'emporteront pour continuer à " marcher " aux côtés de ma famille politique centriste, " libre de penser et d'agir au dessus du mur de verre qui coupe la France en deux ", et ce depuis trop longtemps. 

La politique dans le Monde en général et en France en particulier m'a toujours passionné. Mon éveil pour cette " grande chose " comme la désignait Victor Hugo, qui conditionne le fonctionnement de toute une société et la vie de tout un peuple, date sans aucun doute des événements de mai 68.  Alors qu'à Paris, les jeunes de mon âge se révoltaient contre la société et le pouvoir du Général de Gaulle, dépavés les rues du Quartier Latin, se rebiffaient avec violence contre l'autorité policière, le poids de la famille, de la morale et de la religion, soutenus par des ouvriers et autres salariés en grève, luttant avec force contre l'injustice sociale et le capitalisme, je rêvais dans ma chambre d'adolescent et " brassais déjà la cage " dans une petite ville bourgeoise du Nord de la France, en écoutant " Nights in White Satin " des Moody Blues : 

Some try to tell me
Thoughts they cannot defend,
Just what you want to be
You will be in the end



Certains essaient de me faire part
De leurs réflexions qu'ils ne peuvent argumenter
Exactement ce que tu veux être
Tu finiras par le devenir

Mai 68 ; c'est précisément ce mois plutôt agité en France que ma mère, ma grande soeur, mon petit frère et moi, nous nous sommes envolés pour Djibouti. Il ne s'agissait pas de fuir mon pays en colère mais de rejoindre mon père en mission pour deux ans au palais du gouverneur du Territoire des Afars et des Issas (TFAI), sur la corne Est de l'Afrique. Mon destin me " privait " pour la première fois de m'engager activement et me donner la chance de ne pas prendre parti entre une jeunesse révoltée et des politiciens accrochés au pouvoir comme une moule à son rocher. De toute façon, je n'étais pas encore en âge de voter. J'allais avoir quinze ans en fin d'année et j'arrivais dans un fascinant pays de contraste, entre mer et desert, entre réalité et mirages, entre convictions et illusions. Entre la Somalie et l'Ethiopie, terre sensible de mon éveil, si bien décrite par Henry de Monfreid, nul doute que cet écrivain, commerçant et aventurier fût mon premier maître à penser, mon guide spirituel :

Henry de Monfreid
Henry de Monfreid

N'ayez jamais peur de la vie, 

n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît.

C'est dans cet esprit que j'ai commencé à me déculpabiliser d'être un " fils de colonisateur " , une insulte profondément injuste parvenant aux oreilles de l'enfant innocent que j'étais. Né en Nouvelle-Calédonie, j'avais découvert dans mes plus tendres années de nombreux pays francophones, grâce aux mutations de mon père. Où avais-je donc une responsabilité dans l'Histoire de mon pays, dans la politique colonialiste de l'Etat français ? Et qui étais-je pour juger l'engagement de mon géniteur aprés la seconde guerre mondiale? C'est donc en adolescent étranger en terre d'Afrique, irresponsable, privilégié, mais révolté, souvent indigné par tant d'injustices et de misères, que j'ai vécu ce dernier séjour dans les DOM-TOM.  J'ai découvert, au delà des us, coutumes et autres traditions discutables, la beauté du monde, la joie de vivre des africains, le rythme de leurs chants, le pouvoir d'un sourire d'enfant, quelque soit sa couleur de peau, le bonheur de ceux qui n'ont rien en apparence mais tellement plus que bien des européens, le respect et la bienveillance en toutes circonstances, notamment de mes petits camarades de toutes confessions. Chrétiens, musulmans, athées, cela n'avait aucune espèce d'importance. J'étais bien conscient d'être ce jeune français privilégié, sans peur ni parti pris, vivant dans un camp militaire protégé par l'Armée Française. Tout était une question d'attitude, de comportement et de respect envers autrui. Mon pays défendait ses propres intérêts, mais aussi, je peux en témoigner, toute une région et ses peuples menaçés, dans une zone géopolitique particulièrement instable, avec des territoires tant convoités au bord de la mer rouge. Ce qui est aujourd'hui la République de Djibouti sera mon terreau philosophique, celle qui a fait pousser dans le désert de mes convictions nombre d'illusions, chasser toutes certitudes et conquérir tant d'espérances.   

Nul doute que ces expériences loin de la Mère Patrie et ce contexte familial forgeront mes opinions envers la sacro-sainte démocratie. Il n'était pas donné à tous les gars de mon âge de découvrir une réalité si enrichissante. Cet éveil politique, vécu sur un vieux continent aux contrastes saisissants, influençera profondément ma façon d'être et de penser, d'agir et de réagir, aujourd'hui encore. 


De retour en Métropole, que la France de Georges Pompidou au début des années 70 me paraissait schlérosée, malgré le musée d'art contemporain qui porte son nom ! En âge de voter, noyé dans des discours politiques partisans usés et les réactions primaires de mes " camarades " de classe ( dans tous les sens du terme ), le premier politicien qui obtint ma confiance fut le jeune ministre Valéry Giscard d'estaing ( VGE ). Je sais, je sais, moi-même, j'ai un peu de mal à argumenter mon choix et à le défendre, malgré la conjoncture de l'époque. Soutenir à la présidentielle un ministre de l'Économie et des finances allait pour moi déjà de soi pour la santé de la France et des français. Entre le programme commun d'une gauche sectaire et celui d'une droite partisane, dur et revancharde, y' avait pas photo, comme le commentait en direct Léon Zitrone, en direct de l'hippodrome de Longchamps.

Valérie Giscard d'Estaing
Valérie Giscard d'Estaing

Mai 1974 , j'avais donc l'intime conviction que le courant politique de VGE permettrait à la France d'entrer dans une nouvelle ère, celle d'une " société libérale avançée " , pour reprendre l'un de ses son slogans électoraux. L'autre slogan, encore plus décisif dans son élection fût son célébre " Vous n'avez pas le monopole du coeur " qu'il balança dans un débat télévisé d'entre les deux tours, à la face de son adversaire de gauche. Son septennat fut une de mes premières illusions, mais je ne suis pas de ceux qui critiquent aujourd'hui l'ex-président, joueur d'accordéon de Clermont-Ferrand, fondateur d'un centre droit, qui a tout de même abaissé la majorité civile à 18 ans, dépénalisé l'avortement grâce à la pugnacité de sa ministre Simone Veil, autorisé le divorce par consentement mutuel, supprimé les écoutes téléphoniques ( qui renaîtront sous le septenat socialiste suivant ) sans oublier sa contribution à renforcer la construction de l'Europe, en collaboration avec le chancelier allemand, Hemut Schmidt. De quoi oublier ses scandaleuses parties de chasse en Afrique et les diamants de BoKassa ? Non bien sûr, mais en comparaison avec les casseroles de ses successeurs à l'Elysée, c'est du pipi de chat dans l'Histoire de la Vème République.

Simone Veil
Simone Veil

Mai 1981, après sept ans de giscardisme, je suis de cette génération qui espère une nouvelle France plus juste, plus social, se réclamant de l'édéologie de Léon Bum ou de Jean Jaurès. François Mitterrand, dans un élan sans précédent, fut élu avec 51,7 % des voix exprimées. Nouvelle de mes illusions en politique : chef du Parti Socialiste à l'époque, la réalité économique l'emporte sur ses promesses électorales fondant le programme commun socialo-communiste ruineux. Fin stratège, il réussit en deux ans à peine à anéantir ses partenaires d'extrême gauche, à énerver ses adversaires de droite en entrenant une sociale démocratie finalement plus libéral et sans complexe. Ce sera l'ére de la gauche dite caviar. Je confesse y avoir cru un temps, alors que je progressais personnellement dans l'échelle sociale, fort de ma trentaine. Nouvelle illusion : François Mitterand fut un redoutable stratège pour ses adversaires en faisant pousser comme de la mauvaise herbe le Front National, polluant durablement tous les débats d'idées et divisant plus que jamais les français. Une division lui permettant de garder le pouvoir durant deux septennats, et ce, malgré sa maladie cachée, sa double vie affective, ses zones d'ombres historiques et tant d'autres mensonges. Si je n'étais pas convaincu pour un écu par l'intégrité et la morale du 21 ème président de la République Francaise, je dois reconnaître une certaine fascination pour ce personnage romanesque, cet Homme d'Etat et de Lettres. Celles qu'il adressa à sa maîtresse, Anne et plus tard à sa fille, Mazarine, m'inspire encore à écrire aujourd'hui. Peut-on encore espérer un président aimant à ce point les livres, les écrivains et la littérature ? Sa belle plume nous laisse de beaux écrits : 

François Mitterrand
François Mitterrand

« Ah, le bonheur utile des longues promenades où respirer est penser. Je marche dans la forêt. Je mesure le progrès des fougères qui, soudain déroulées, déploient leur tapis de haute verdure. Je sens mes pas épouser la souplesse du chemin. Le silence et l'espace me guérissent du mal des villes. J'ai coupé par les champs et les bois .... La lumière dorée qui traversait en gloire le ciel noir couronnait de majesté le sommet des collines où la hêtraie résiste encore à l'agression des résineux. La fatigue m'a planté plusieurs fois sur place, comme un arbre : les racines poussent vite à qui sait s'arrêter. Mais il fallait déjà rentrer.»

François Mitterrand a choisi le titre La Paille et le grain parce qu'il résumait assez bien sa pensée de ne pas classer la paille parmi les matières viles, tandis que le grain serait noble, les deux ayant leur usage propre. N'en est-il pas de même pour l'utilité des ouvriers et des patrons dans une société ? Tout au long de ma carrière dans l'industrie ferroviaire et le domaine de l'informatique, syndicats de tous bords ont bien tenté de me classer entre la paille et le grain, mais en vain.


Jacques Chirac & François Mitterrand
Jacques Chirac & François Mitterrand

Mes convictions et mes illusions sur notre système démocratique en France m'ont conduit à plus de discernement dans les années 90. Mon pays a été gouverné à gauche puis à droite comme le mouvement de deux essuis-glaces usés par un bipartisme ne permettant plus aucune visibilité sur la route à suivre, empêchant la France d'avancer, laissant la première place à  l'Allemagne, au sein de l'Union Européenne. Par le jeu pervers de cohabitations successives et d'alternances ministérielles et parlementaires, plus proches de la connivence que de la cohérence, vint l'ère de la " chiraquie " et sa bassecour, avec ses ouailles tels que  Pasqua, Balkany, Balladur sans oublier le jeune coq de Neuilly, Sarkozy. Le sommet de mon écoeurement vint le jour où Jacques Chirac, chef d'un clan très partisan, maire de Paris contestable et contesté, s'avéra très populaire auprès des personnes agées et des agriculteurs. Epicurien dans l'âme, ses bains de foules dès que l'occasion s'en présentait, ses casse-croutes au Salon de l'Agriculture, sa remarquable connaissance de l'Asie et des arts premiers, ne me font pas oublier qu'il s'avéra terriblement décevant en tant que président de " tous " les français. Qu'a-t-il fait en 2002 de l'incroyable occasion de présider le pays de Voltaire et d'Hugo avec un gouvernement d'Union Nationale, pouvant ainsi mettre "En Marche" une nouvelle France quinze plus tôt ? Qu'a-t-il fait de ses 82 % de voix contre les 18 obtenues par Lepen et son Front National ? Rien sinon d'en tirer un orgueil pour lui et tout son clan ! Ignorant la gauche et méprisant le vrai centre, Il fit naître des divisions, des traitres au sein de sa propre famille politique. Chez moi, une conviction profonde : Je marcherai désormais au centre et avec tous les rénovateurs.


Les Rénovateurs
Les Rénovateurs

Entre ma conviction transpartisane réaffirmée, suite à tant d'illusions perdues, des " rénovateurs " classés au centre droit pointaient le bout de leur nez :  de jeunes figures montantes comme Philippe Seguin, Michel Noir, Alain Carignon, Michel Barnier travaillaient avec Charles Millon, Dominique Baudis, tandis que François Bayrou émergé. Entrant dans ma quarantaine moi aussi, j'avais plus que jamais la conviction que mon pays serai un jour gouverné sans parti unique au pouvoir, dans l'esprit de De Gaulle, fondateur de la Vème République.


Mon soutien au MOuvement DEMocrate et ma fidélité envers François Bayrou, son fondateur, n'a rien de religieux ou de partisan, bien au contraire. Je me suis toujours senti libre d'être et de penser au MODEM , dont le projet central était déjà de reprendre confiance en politique et de gouverner le pays avec les meilleurs de la Droite et de la Gauche, non pas avec une liste de promesses " qui n'engagent finalement que ceux qui les écoutent " mais avec une feuille de route d'un président visionnaire, clair et cohérent. 


Mai 2012 : Que fallait-il encore attendre d'un bipartisme entre deux forces plus ou moins tranquilles ? A l'assemblée, au sénat, la priorité était de se faire réélire , de défendre sa famille politique, ses proches, ses amis, leurs privilèges, comme on protège un héritage. Le Général de Gaulle a du se retourner plusieurs fois dans sa tombe. En réponse à cette révoltante alternance programmée entre le Parti Socialiste et les Républicains ( les changements de noms n'effacent pas l'histoire du parti ) je ne me suis jamais fait d'illusion concernant des partis confondant le nationalisme et le patriotisme, le souverainisme et l'indépendance des nations.

La majorité des électeurs n'envisage pas de donner un second mandat à Nicolas Sarkozy. L'Histoire oubliera le quinquénat d'un président de paille n'aimant que le grain à moudre, dont le seul slogan de sa vie politique restera de " travailler plus pour gagner plus " . Quel sens plus absurde donner à sa vie et quelle honte ressentie par les peuples du monde entier. 

Avec l'élection de François Hollande,  une fois de plus entre convictions et illusions, la République est déjà en marche. et ce dans bien des esprits, surtout à gauche et au MODEM , mais aussi dans une droite exaspéré du sarkozisme. Président d'un parti socialiste schysophrène depuis l'ère mittérandienne, entâché par une histoire de cul de leur favori à New York, il sera désigné candidat par défaut à la présidentielle en lieu et place de Dominique Strauss Khan, alors président du Fond Monétaire international. On connait que trop bien la rocambolesque histoire de fesse et si mal les dessous pas très chics de ce scénario politico-médiatique. C'est dans ce contexte ubuesque que fût élu celui qui deviendra le champion toute catégorie de l'impopularité en France.

Du mandat du 23 ème président, je retiendrais avant tout son refus de collaborer avec le Modem , qui lui avait pourtant permis de remporter le second tour, l'augmentation des impôts et finalement son virage social libéral un peu trop tard, le mariage pour tous grâce à la pugnacité de Christiane Taubirac, la conférence sur le climat qu'il confia à Nicolas Hulot et aussi, à ses dépends, l'ascension fulgurante d'Emmanuel Macron.


Mai 2017, enfin ! J'ai soutenu avec ardeur et soutiendrai avec une force relativement tranquille le président Macron, tant qu'il restera cohérent avec sa feuille de route fondatrice d'En Marche, tant qu'il sera à la hauteur de la confiance que le Modem et que ses adhérents lui ont accordé et tant qu'il respectera les valeurs et les idées qui ont  scellé l'alliance proposée par François Bayrou le 23 février.

Le président du Modem déclarait ce jour là :

François Bayrou, président du Modem
François Bayrou, président du Modem

J'ai examiné depuis plusieurs semaines tous les éléments qui permettent de juger de l'état de notre pays. Et je veux vous dire que l'état de la situation m'a frappé. Cette situation nourrit le pire des risques : une flambée de l'extrême-droite. Je mesure ma responsabilité et celle de mon parti. J'ai reçu depuis des semaines des nombreux messages d'encouragement. Mais nous sommes dans une situation d'extrême risque et à cette situation exceptionnelle, il faut une réponse exceptionnelle : or j'en ai la certitude, la dispersion des suffrages ne peut qu'accentuer ces risques. J'ai donc offert mon soutien à Emmanuel Macron."

C'est donc un homme responsable que j'admire et soutiens depuis quinze ans, libre de toute dépendance d' appareils, qui a renoncé à sa propre candidature, s'effaçant au profit de l'intérêt national. La réponse du jeune Macron ne se fit pas attendre :

Et la victoire sera au rendez-vous :

Même si je ne suis pas dupe de la réalité des résultats :


Conscient des faiblesses de notre système démocratique, de la non représentativité du peuple à l'Assemblée Nationale, de la toute relative victoire des résultats d'En Marche, des dangers de la mondialisation, de l'ubérisation à outrance et autres perversités d'une nouvelle société néo-libérale, j'apprécie en ces temps nouveaux la vigilence, la pertinence et la liberté d'expression de la journaliste Natacha Polony ou encore la saine et libre pensée du philosophe Michel Onfray.

Toutefois, je ne serai jamais de ceux qui appellent à s'abstenir, à voter blanc ou nul, au risque de voir des extrémistes gouverner mon pays. Je reste ce citoyen du monde engagé, passionné de politique, et résolument confiant, optimiste. Français d'Outre-Mer, j'ai comme le disait le Grand Charles, une certaine idée de la France et une haute estime de mes compatriotes : 

Charles De Gaulle
Charles De Gaulle

Vieille France, accablée d'Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau ! Vieil homme, recru d'épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance !

Charles De Gaulle 

C'est toujours entre convictions transpartisanes et illusions perdues en quarante ans de devoirs citoyens que je veux encore croire en notre démocratie, au génie du renouveau, comme une lueur d'espérance pour cette France que j'aime, au sein d'une puissante Europe, garant de l'équilibre des forces en présence et de la paix dans le Monde. 

Loïc Lévéder