La tour de fer pointe à l'horizon, la capitale plonge dans les bras de Morphée, Pigalle illumine de ses néons les âmes perdues dans les sex shops. Mon ombre traine à Barbès. Dans un état second, mon téléphone me parle. The Edge joue fantastiquement bien" Unknown Caller " . N'y-a-t-il vraiment rien à l'horizon ?


Rêve linéaire en écoutant U2
Je m'appelle Saïd et suis motard dans la police nationale. Dans un quartier de banlieue, ma décision est prise. Je couche d'un grand coup de botte ma moto républicaine et la fait flambler comme un grand feu de la Saint Jean. Je la regarderais se consumer jusqu'à son dernier boulon. Une épaisse fumée noire monte vers le ciel de mes illusions perdues et j'écoute à fond " Breathe ".
Adieu Paris, j'enfourche casqué mes nouveaux centimètres cube flambants neufs, achetée la vieille et puissante comme " Winter ", la ballade qui m'accompagne sur la route de Bordeaux, direction l'Espagne ! Soudain les couleurs me reviennent, je double une vieille deux chevaux rouge, contemple les verts sapins et le décor impressionnant des Pyrénéens. Bono chante superbement bien et les choeurs des irlandais m'ouvrent la voie jusqu'à Salamanca.
Face au champ de blé, je déboutonne ma chemise, expose mon torse tatoué vers un ciel bleu océan, le corps détendu sur mon boulimique cheval d'acier, qui vient d'avaler des kilomètres de bitume. Un énorme nuage prend la forme du continent africain cher à mon enfance. Comment oublier l'origine du monde et le sourire de mes camarades d'école. " White as show " me fait littéralement pleurer de joie.
Tel un oiseau migrateur, vue plongeante sur la deux voies qui crèvent les montagnes de l'Europe, je surplombe un barrage et roule sur la puissante improvisation et titre de l'album " No line on the horizon " . Suis-je en train de rêver où suis-je réellement ce cop baker qui s'envole face au vent de la liberté, au son de ce que le Rock'n Roll produit de meilleur actuellement ?
Halte dans un bar deserté , tenu par Miss Tristesse, morfondue derrière son comptoir. Notre évident désintérêt l'un pour l'autre est réciproque. Je commande une assiette de crudités. Perdu dans mes pensées passées et présentes, mon regard perce le mur. L'étonnante ballade " Being born " qui me squatte le bulbe depuis vingt quatre heures ne change rien à l'affaire. La jeune bar woman n'aura bientôt plus d'ongles, rongés par l'ennui.
Elle tend la zappeuse vers la télé, perchée derrière le ventilo pendu au plafond et qui rafraîchit la pièce. Derrière un studio d'enregistrement équipé d'une boule à facette disco des seventies, les quatre irlandais jouent " Magnificient ", le grand hymne de l'album et que Will.i.am des Black Eyed a déjà remixé. Malgré la putain d'antenne et une réception pourrie, je jette un regard de remerciement à Miss Tristesse pour ce moment de grâce. C'est sûr, ce morceau a été écrite à l'encre de l'Amour.
Je reprend ma route au rythme de ce diablement bon " Stand Up Comedy " . Le soleil et la voix de mon chanteur préféré sont au Zenith. Le lead vocal , la voix perchée, retrouvée, prend littéralement son pied dans ce morceau taillé pour la scène. Des arbres épais, des roches arides, un ciel bleu jean et moutonné, une ligne d'horizon brisée par ce paysage ponctué de panneaux de signalisation se reflètent distordus dans le chrome de ma mécanique.
Arrivé à Cadiz, je décide d'étancher ma soif au Bay Bay Club. Une allumeuse de première qui repère mon entrée cherche mon regard occupé à découvrir son corps caressant une colonne froide et insensible plantée au centre de la piste. Sa courte robe fluide qui me dévoile le tatouage de sa fesse droite m'excite au point d'aller faire un tour dans l'arrière salle. Voyeur d'un soir je lorgne une faune de sexy girls moustachues ( allez donc savoir pourquoi ? ) qui dansent pour moi sur le violent premier single " Get On your boots ". Bravo Larry !
Lassé des kilomètres parcourus, je décide, sac sur l'épaule, de m'enfoncer dans les inquiétantes ruelles paisibles de ma ville étape. Pavés luisants , poubelles alignées, murs décrépis, pas un chat dehors. La ballade " Moment Of Surrender " me conduit vers l'océan. Je foule le sable fin, contemple la beauté des éléments, me protège du froid et m'allonge épuisé sur la plage . Ce fut une belle journée.
Faute de trouver le sommeil, je tente de trouver une position confortable. En vain. Je me redresse, m'agenouille face à la mer, écoute religieusement le Monde et " Cedar Of Lebanon " . La sublime ballade atmosphérique m'accompagne vers un petit canot de sauvetage. Je rame et rame encore, avec une seule question en tête : N'y a-t-il vraiment rien derrière l'horizon épuré de la pochette de l'album, signée Hiroshi Sugimoto ?

Ce rêve personnel a été inspiré et écrit en visualisant le film " Linear " d'Anton Corbijn , contenu dans le superbe coffret " No Line On The Horizon " de U2. L'acteur principal n'est autre que le français Saïd Taghmaoui ( La Haine )

Rédigé par loïc leveder le Samedi 28 Février 2009 à 16:36 | Commentaires (1)


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