'Le temps qui reste' de François Ozon

Soyons direct, j'ai adoré ce film. Mais attention, déprimés, autruches et autres homophobes, abstenez-vous d'aller le voir. Car Ozon ose enfin tout montrer à l'écran. Physiquement et psychologiquement, il nous livre sans prévenir les derniers jours d'un gay égocentrique, pas sympa du tout, malade de sa Vie, au point d'accepter sa mort, sans se battre contre le cancer qui le ronge. C'est sans doute ce qui m'a le plus révolté, heureusement.


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Le film vu par le critique Pierre Murat

L'affiche officielle
L'affiche officielle
Mourir à trente ans, c’est impensable. Et pourtant…Romain, photographe de mode à la mode qu’on devine fragile et vaguement insupportable, apprend qu’il va mourir d’ici quelques semaines, quelques mois, peut-être. Pas du sida auquel il pense tout de suite, parce qu’il est gay. Mais d’un banal cancer, si l’on ose dire, mais fatal.

C’est ce temps qui reste que filme François Ozon et, avec ce film, il semble faire taire, en lui, l’affreux jojo vaguement surréaliste et gentiment provocateur. Celui qui tournait en jeune homme pressé et doué une série de films prometteurs : Sitcom, Les Amants criminels, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes… Dans 8 femmes, la tendresse était là, déjà, mais tapie sous la mise en boîte amusée de l’ordre moral. Réfugiée entièrement dans les chansons interprétées par ces fausses caricatures, qui révélaient, soudain, une angoisse, une fêlure, une souffrance. « A quoi ça sert de vivre libre ?», se demandait Fanny Ardant. « Pour ne pas vivre seule », ajoutait Firmine Richard. « Il n’y a pas d’amour heureux », concluait Danielle Darrieux.

Ici, la douleur et la douceur s’assument. Romain l’orgueilleux, qui a décidé de ne pas se faire soigner et de taire sa maladie à ses proches, se confie tout de même à sa grand-mère (Jeanne Moreau) parce que, lui dit-il avec sa brusquerie coutumière, « tu es comme moi. Tu vas bientôt mourir ». Tous les personnages semblent traîner, en la dissimulant du mieux possible, une férocité et une nostalgie inguérissables. La brutalité de Romain avec sa sœur (Louise-Anne Hippeau) qu’il insulte sans raison, avec son amant (Christian Sengewald) qu’il congédie comme un prostitué « Pardon, pardon », mumure-t-il, cependant, dès qu’il a quitté la pièce) ne cache, en fait, que sa peur devant les sentiments. Devant la « pitié dangereuse », dont parlait Stefan Zweig.

Tout le film est intense, sec et lyrique. Presque pas de larmes, juste des amorces de retrouvailles et les rencontres, parfois burlesques, de Romain : une jeune serveuse de snack, par exemple, flanquée d’un mari stérile, qui lui demande de lui faire un enfant « parce qu'on vous trouve beau, tous les deux… ».
L’enfant qu’il a été apparaît plusieurs fois à Romain, comme pour mieux lui préparer la route. Jusqu’à l’ultime étape, cette plage, droit sortie de ces mélos hollywoodiens qu’Ozon affectionne tant, où le héros, apaisé, semble s’endormir…

C’est, donc, un film inquiet et doux. Le plus beau de François Ozon. Melvil Poupaud, son interprète, que l’on prenait pour un joli jeune homme, y révèle une sensibilité, une vulnérabilité inattendues. Tout comme son metteur en scène, il semble, avec ce film, être devenu adulte. Avec la nostalgie et l’excitation que ça implique.


Lundi 5 Décembre 2005
LL / Pierre Murat
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