Accrochage des globes de Coronelli le 9 septembre 2005 au Grand Palais
Menacée d'affaissement depuis un quart de siècle, perdant boulons et rivets, sa verrière vient d'être entièrement restaurée.
Un exploit technique que l'on peut admirer depuis le 17 septembre, au milieu des musiques et des reflets d'une installation - il faut être moderne -, à l'occasion des journées européennes du patrimoine. Ce jour-là, le public découvrira, en prime, deux majestueux globes, terrestre et céleste, commandés par Louis XIV à Coronelli en 1681. Mesurant plus de 4 mètres de haut pour un poids de 1,5 tonne, ces chefs-d'oeuvre de la cartographie baroque n'avaient plus été montrés depuis 1980.
La présence de ces joyaux du Roi-Soleil rappelle combien le monument de fer, de verre et de pierre, imaginé par les ingénieurs de la jeune IIIe République, raboute entre eux plusieurs lieux de mémoire de la capitale. Ne s'est-il pas imposé comme une sorte de relais idéal entre l'hôtel des Invalides créé par le grand roi et le palais de Mme de Pompadour, qui abrite aujourd'hui la présidence de la République ? Entre l'austère façade de l'un et le style transition de l'Elysée, le Grand Palais attire le regard. N'en déplaise aux puristes, on y trouve le meilleur des tendances historicistes de la Belle Epoque, l'architecture du fer et du verre - lancée par Paxton au Crystal Palace de Londres - venant s'y appuyer au milieu de légers effets « nouille » sur de classiques colonnes aux chapiteaux corinthiens. Mieux, au milieu de bas-reliefs sculptés d'une grande fadeur et d'insipides mosaïques, le Grand Palais abrite l'un des artistes les plus méconnus de la fin du XIXe siècle, Georges Récipon. Restaurés eux aussi, ses deux quadriges se jettent dans le vide avec une impétuosité devenue rare depuis la fin de l'incandescence baroque.
Seul inconvénient, le climat... Les choses, hélas, se compliquent quand il s'agit de donner une raison d'être à cette enveloppe étincelante. Depuis son inauguration par le président Emile Loubet, la verrière a abrité toutes sortes d'événements, allant de concours hippiques au Salon du livre. Or, en se déplaçant porte de Versailles pendant la fermeture du Grand Palais, quelques-unes de ces manifestations ont grandi, telle la Fiac. Pour elles, le Grand Palais est devenu trop petit, ce qui n'empêche pas la Fiac d'y envoyer quelques pièces « exceptionnelles » dès octobre. C'est qu'Art Paris a sauté sur l'aubaine et signé pour revenir dès le printemps 2006 dans cet « écrin formidable » en même temps que le salon Musicora. La situation du Grand Palais et sa lumière en font un endroit idéal pour des manifestations luxueuses.
Seul inconvénient, le climat à l'intérieur de cet aquarium 1900 n'est tempéré qu'en automne et au printemps. En été, on y étouffe ; en hiver, on y gèle, à tel point que les étudiants en architecture qui jadis y suivaient des cours devaient allumer des feux pour se réchauffer. Ce n'est pas tout : en 2007, la réfection reprendra et les espaces situés sous la verrière fermeront pour trois ans. D'importants travaux devraient alors permettre d'aménager définitivement cette architecture délicate, afin de la rendre plus attrayante lors de l'accueil de « manifestations culturelles et événements exceptionnels ». Diverses solutions sont à l'étude d'après le ministère de la Culture. Pour l'instant, elles n'ont pas encore la transparence de la célèbre verrière...
POUR VISUALISER LE DIAPORAMA DU CHANTIER, CLIQUEZ ICI
Un exploit technique que l'on peut admirer depuis le 17 septembre, au milieu des musiques et des reflets d'une installation - il faut être moderne -, à l'occasion des journées européennes du patrimoine. Ce jour-là, le public découvrira, en prime, deux majestueux globes, terrestre et céleste, commandés par Louis XIV à Coronelli en 1681. Mesurant plus de 4 mètres de haut pour un poids de 1,5 tonne, ces chefs-d'oeuvre de la cartographie baroque n'avaient plus été montrés depuis 1980.
La présence de ces joyaux du Roi-Soleil rappelle combien le monument de fer, de verre et de pierre, imaginé par les ingénieurs de la jeune IIIe République, raboute entre eux plusieurs lieux de mémoire de la capitale. Ne s'est-il pas imposé comme une sorte de relais idéal entre l'hôtel des Invalides créé par le grand roi et le palais de Mme de Pompadour, qui abrite aujourd'hui la présidence de la République ? Entre l'austère façade de l'un et le style transition de l'Elysée, le Grand Palais attire le regard. N'en déplaise aux puristes, on y trouve le meilleur des tendances historicistes de la Belle Epoque, l'architecture du fer et du verre - lancée par Paxton au Crystal Palace de Londres - venant s'y appuyer au milieu de légers effets « nouille » sur de classiques colonnes aux chapiteaux corinthiens. Mieux, au milieu de bas-reliefs sculptés d'une grande fadeur et d'insipides mosaïques, le Grand Palais abrite l'un des artistes les plus méconnus de la fin du XIXe siècle, Georges Récipon. Restaurés eux aussi, ses deux quadriges se jettent dans le vide avec une impétuosité devenue rare depuis la fin de l'incandescence baroque.
Seul inconvénient, le climat... Les choses, hélas, se compliquent quand il s'agit de donner une raison d'être à cette enveloppe étincelante. Depuis son inauguration par le président Emile Loubet, la verrière a abrité toutes sortes d'événements, allant de concours hippiques au Salon du livre. Or, en se déplaçant porte de Versailles pendant la fermeture du Grand Palais, quelques-unes de ces manifestations ont grandi, telle la Fiac. Pour elles, le Grand Palais est devenu trop petit, ce qui n'empêche pas la Fiac d'y envoyer quelques pièces « exceptionnelles » dès octobre. C'est qu'Art Paris a sauté sur l'aubaine et signé pour revenir dès le printemps 2006 dans cet « écrin formidable » en même temps que le salon Musicora. La situation du Grand Palais et sa lumière en font un endroit idéal pour des manifestations luxueuses.
Seul inconvénient, le climat à l'intérieur de cet aquarium 1900 n'est tempéré qu'en automne et au printemps. En été, on y étouffe ; en hiver, on y gèle, à tel point que les étudiants en architecture qui jadis y suivaient des cours devaient allumer des feux pour se réchauffer. Ce n'est pas tout : en 2007, la réfection reprendra et les espaces situés sous la verrière fermeront pour trois ans. D'importants travaux devraient alors permettre d'aménager définitivement cette architecture délicate, afin de la rendre plus attrayante lors de l'accueil de « manifestations culturelles et événements exceptionnels ». Diverses solutions sont à l'étude d'après le ministère de la Culture. Pour l'instant, elles n'ont pas encore la transparence de la célèbre verrière...
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La Grande Nef - Paris 2005
"Le Grand Palais? Un enchantement!" A la sortie de la grande nef restaurée, Cours la Reine, Evelyne, la cinquantaine, ne boude pas son plaisir. "Ca peut paraître excessif, mais je suis fière de mon pays".
Derrière elle, un couple d'Allemands interrogés s'excusent de ne pouvoir parler français, mais parviennent à articuler: "Très beau. C'est magnifique".
Il y a encore cette mère et ses deux adolescents venus de l'Essonne. "On a beaucoup apprécié le spectacle, le jeu de miroirs et les globes, l'ambiance musicale. En plus, on a eu un beau ciel. Regardez, j'ai déjà écrit ma carte postale".
Samedi à 17 heures, cinq heures après sa réouverture au public, le Grand Palais avait accueilli plus de 13.000 visiteurs, selon le ministère de la Culture qui en avait fait le lieu-phare des Journées du Patrimoine, de samedi et dimanche. Sous la verrière, près des Globes baroques du moine vénitien Coronelli, Alain Perrot, architecte en chef des monuments historiques qui a mené le chantier de restauration de la grande nef pendant 5 ans, sourit, semble ému.
La nef du Grand-Palais où sont exposés les globes baroques de Coronelli, dans la soirée du 17 septembre 2005, lors des journées du patrimoine. (Photo Damien Meyer/AFP)
Agrandir la photo
"C'est une grande joie. Tout à l'heure, j'entendais le public dire qu'on ressent une grande sérénité en traversant la nef. Cela m'a rendu heureux. Il reste beaucoup à faire, mais le public a bien perçu le potentiel de ce lieu magnifique, maintenant sécurisé. On s'aperçoit qu'il s'agit d'un joyau. D'une belle au bois dormant qu'on aurait enfin réveillée".
Confiée à l'architecte Patrick Bouchain, au scénographe et éclairagiste Thierry Dreyfus et à l'illustrateur sonore Frédéric Sanchez, la scénographie de réouverture contribue à donner une impression de pléniture, d'intemporalité. Des grands miroirs en plans inclinés reflètent les Globes de Coronelli, mais aussi la verrière, tandis que des sons électroniques mixés à des fragments de musique classique semblent traverser l'espace.
Au centre, sous la coupole, quelques dizaines de personnes sont allongées sur des parallélépipèdes inclinés recouverts de mousse, comme en apesanteur, le regard perdu vers la splendide verrière. Tout juste arrivé de Pékin, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, exprime son "sentiment de fierté". "Je pense ressortir du Grand Palais avec la confiance en les racines de notre pays, à sa capacité à faire coexister les siècles: le 17ème avec les Globes, le 19ème avec la nef, le 21ème avec l'installation".
"J'ai proposé à Pékin un échange: une émission française au sein de la Cité Interdite, une émission chinoise au sein du Grand Palais. Car ce lieu hébergera toutes sortes d'événements culturels: arts plastiques, cirque, musique, danse. C'est un lieu pour la création artistique".
Derrière elle, un couple d'Allemands interrogés s'excusent de ne pouvoir parler français, mais parviennent à articuler: "Très beau. C'est magnifique".
Il y a encore cette mère et ses deux adolescents venus de l'Essonne. "On a beaucoup apprécié le spectacle, le jeu de miroirs et les globes, l'ambiance musicale. En plus, on a eu un beau ciel. Regardez, j'ai déjà écrit ma carte postale".
Samedi à 17 heures, cinq heures après sa réouverture au public, le Grand Palais avait accueilli plus de 13.000 visiteurs, selon le ministère de la Culture qui en avait fait le lieu-phare des Journées du Patrimoine, de samedi et dimanche. Sous la verrière, près des Globes baroques du moine vénitien Coronelli, Alain Perrot, architecte en chef des monuments historiques qui a mené le chantier de restauration de la grande nef pendant 5 ans, sourit, semble ému.
La nef du Grand-Palais où sont exposés les globes baroques de Coronelli, dans la soirée du 17 septembre 2005, lors des journées du patrimoine. (Photo Damien Meyer/AFP)
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"C'est une grande joie. Tout à l'heure, j'entendais le public dire qu'on ressent une grande sérénité en traversant la nef. Cela m'a rendu heureux. Il reste beaucoup à faire, mais le public a bien perçu le potentiel de ce lieu magnifique, maintenant sécurisé. On s'aperçoit qu'il s'agit d'un joyau. D'une belle au bois dormant qu'on aurait enfin réveillée".
Confiée à l'architecte Patrick Bouchain, au scénographe et éclairagiste Thierry Dreyfus et à l'illustrateur sonore Frédéric Sanchez, la scénographie de réouverture contribue à donner une impression de pléniture, d'intemporalité. Des grands miroirs en plans inclinés reflètent les Globes de Coronelli, mais aussi la verrière, tandis que des sons électroniques mixés à des fragments de musique classique semblent traverser l'espace.
Au centre, sous la coupole, quelques dizaines de personnes sont allongées sur des parallélépipèdes inclinés recouverts de mousse, comme en apesanteur, le regard perdu vers la splendide verrière. Tout juste arrivé de Pékin, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, exprime son "sentiment de fierté". "Je pense ressortir du Grand Palais avec la confiance en les racines de notre pays, à sa capacité à faire coexister les siècles: le 17ème avec les Globes, le 19ème avec la nef, le 21ème avec l'installation".
"J'ai proposé à Pékin un échange: une émission française au sein de la Cité Interdite, une émission chinoise au sein du Grand Palais. Car ce lieu hébergera toutes sortes d'événements culturels: arts plastiques, cirque, musique, danse. C'est un lieu pour la création artistique".
Salon de l'aviation - Octobre 1910
L'histoire du Grand Palais
Le Grand Palais a été durant 90 ans le lieu de plus importantes manifestations culturelles et techniques de Paris. D'années en années, le Grand Palais a accueilli les manifestations les plus diverses (Foire de Paris, Salon d'Automne, Salon de l'auto, etc.) tout en conservant sa vocation initiale: la présentation de salons artistiques.
Progressivement, il s'ouvre à des expositions plus techniques comme le Salon de l'aéronautique, le Salon de l'automobile, le Salon de l'enfance ou le Salon des arts ménagers, chacune nécessitant la construction de décors spectaculaires.
Pendant la Première Guerre mondiale, le Grand Palais abrite les troupes coloniales en route vers le front avant d'être transformé en hôpital.
En 1937, à l'initiative du physicien Jean Perrin, la partie située le long de l'avenue d'Antin est transformée en « Palais de la Découverte ».
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Grand Palais est bombardé, puis transformé en dépôt de camions. En août 1944, pendant les combats de la Libération, il est partiellement incendié (paddock Nord et galerie Nord Ouest) .
Au cours des années suivantes, la vocation du Grand Palais « Palais des Beaux-Arts » disparaît peu à peu, de même que les Salons d'artistes perdent de leur influence ; André Malraux décide en 1962 de créer les Galeries nationales du Grand Palais et de les installer dans la partie Nord du Grand Palais, tout en laissant d'autres institutions s'installer: une école d'architecture dans la nef et la faculté de Lettres et de Sciences humaines, dans la partie Sud ainsi que la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Ile-de-France.
Progressivement, il s'ouvre à des expositions plus techniques comme le Salon de l'aéronautique, le Salon de l'automobile, le Salon de l'enfance ou le Salon des arts ménagers, chacune nécessitant la construction de décors spectaculaires.
Pendant la Première Guerre mondiale, le Grand Palais abrite les troupes coloniales en route vers le front avant d'être transformé en hôpital.
En 1937, à l'initiative du physicien Jean Perrin, la partie située le long de l'avenue d'Antin est transformée en « Palais de la Découverte ».
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Grand Palais est bombardé, puis transformé en dépôt de camions. En août 1944, pendant les combats de la Libération, il est partiellement incendié (paddock Nord et galerie Nord Ouest) .
Au cours des années suivantes, la vocation du Grand Palais « Palais des Beaux-Arts » disparaît peu à peu, de même que les Salons d'artistes perdent de leur influence ; André Malraux décide en 1962 de créer les Galeries nationales du Grand Palais et de les installer dans la partie Nord du Grand Palais, tout en laissant d'autres institutions s'installer: une école d'architecture dans la nef et la faculté de Lettres et de Sciences humaines, dans la partie Sud ainsi que la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Ile-de-France.













