ANGEL-A de Luc Besson
Escroc, menteur, criblé de dettes et incapable de s’aimer ou d’aimer, André (Jamel Debbouze) a décidé d’en finir avec la vie. Mais au moment où il va se jeter d’un pont de Paris, il voit à ses côtés une superbe créature blonde prête également à se suicider. Lorsqu’elle saute dans la Seine, il n’hésite pas à plonger pour la sauver et la ramener sur la berge, bien qu’il ne sache pas nager. Elle s’appelle Angela (Rie Rasmussen), dispose d’un physique spectaculaire et dépasse de trois têtes son sauveur. D’abord intrigué, puis agacé par cette fille sublime qui lui propose de l’aider à payer ses dettes, André finit par se prendre au jeu. Peu à peu, il se rend compte qu’Angel-A n’a peur de rien, voit la vie de façon très positive et, surtout, a la capacité de lui donner confiance et d’aimer... .
Un rôle à la hauteur du talent de Jamel Debousse ...
Si les théologiens débattaient naguère sur le sexe des anges, Luc Besson ne s'embarrasse guère de fioritures : Angela est une blonde sublime et court vêtue, déguisée en "pétasse", surgie en plein Paris pour sauver André du suicide mais aussi de lui-même. Car ce dernier est "au bout du rouleau" : escroc mythomane criblé de dettes, menacé par ses créanciers (parfait Gilbert Melki en caïd à sang froid), il ne voit d'autre issue à sa vie de "minable" qu'un plongeon dans la Seine. Seulement, un ange passe par là et le désespéré s'improvise sauveteur pour les beaux yeux d'une belle inconnue. Commence alors une balade crépusculaire dans un Paris presque désert (sublime photographie de Thierry Arbogast) où chacun se découvrira avant de basculer dans les bras de l'autre.
Si très vite, le récit et l'épilogue du film ne font guère de doutes, le cinéaste tente de sortir des sentiers battus grâce à son couple d'amoureux : sans tabous, son ange tentateur (le top model Rie Rasmussen découverte dans Femme fatale de Brian de Palma) ne recule devant rien pour renflouer les dettes abyssales de son nouveau protégé comme, par exemple, tapiner dans une boite à 1 000 euros la passe ! Tour à tour hâbleur et déprimé, princier et pathétique, généreux et étriqué, André est un beau personnage, lointain cousin des comédies italiennes des années 1960, incarné avec une touchante authenticité par un Jamel Debbouze charismatique dont la présence et le regard aimantent la caméra, au point que le film ressemble parfois à un clip publicitaire pour l'homme de Trappes.
Voilà pour le meilleur d'un film dont le message naïf, voire simpliste, laisse perplexe ("Ce qui compte, c'est la beauté intérieure", "Il faut s'aimer pour pouvoir aimer les autres" au fil de dialogues plutôt bavards pour un Besson?) mais dont la sincérité ne fait pas de doutes tant Luc Besson semble s'être projeté dans cette histoire au point de signer son film le plus personnel. André peut ainsi se voir comme le miroir du cinéaste dont le reflet, pas forcément flatteur, esquisse un pan de sa personnalité.
Dans ce jeu de dupes oscillant entre leurres et vérités ("J'en ai marre des mensonges? pour la première fois de ma vie, j'ai envie d'être vrai", avoue André à Angela), Luc Besson semble vouloir retrouver une virginité cinématographique, refaire un premier film dans l'urgence avec peu de moyens, afin de ressentir à nouveau les vibrations et l'essence de sa vocation de cinéaste. Une ambition hautement estimable mais malheureusement inaboutie pour une oeuvre qui donne à Jamel Debbouze un magnifique rôle à la hauteur de son immense talent.
Patrick BEAUMONT
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